Coup de cœur : Le MMCA

Ouvert en Novembre dernier, le Musée National de l’Art Moderne et Contemporain, le MMCA, s’est donné pour objectif de faire connaitre l’Art moderne et contemporain au grand public. Avis aux amateurs d’Art, nous vous invitons à vous y perdre sans retenue.

UN AVENIR TOURNÉ VERS LE PASSÉ

Art Moderne et Contemporain et culture coréenne traditionnelle, deux univers bien éloignés à première vue. Pourtant, à la différence d’autres mouvements occidentaux et asiatiques, Passé et Présent semblent ici, cohabiter à merveille. Cette dichotomie se ressent dès l’approche du musée : on distingue une maison traditionnelle Hanok datant de l’ère Joseon en arrière-plan, un bâtiment en briques rouges construit sous l’occupation japonaise sur la droite, et le musée à l’architecture moderne sur la gauche. Plongez dans un univers fait de grands espaces de verre et de blanc où sont exposées quelques 120 œuvres de plus de 70 artistes coréens et internationaux.

1. L’Art comme préservation des traditions

Dans les galeries 1 et 2, se trouve l’exposition « Zeitgeist » « l’esprit du temps », dédiée aux artistes coréens dont les réalisations sont empreintes de la quintessence du pays. Les matières traditionnelles sont réutilisées, donnant des effets surprenants : papier Hanji, bois et encres à calligraphie servent de trames de fond à des œuvres détonantes. Céramiques et autres statues de Bouddhas sont transformées et remises au goût du jour. L’art coréen va puiser dans son Histoire, source d’inspiration du temps présent.

2. L’Art comme exutoire des blessures secrètes du passé

Le Passé tragique de la Corée a marqué les esprits. L’occupation japonaise, la guerre de Corée et la séparation du pays sont des thèmes récurrents. Un couple nord-sud coréen bravant la frontière pour s’aimer et ne faire qu’un, des collines représentées sous forme de corps meurtris par les barbelés de la DMZ, une statue en forme de chars à canon… les indices de la déchirure sont nombreux. Le temps passe, mais les douleurs restent.



UNE CRITIQUE DE LA SOCIÉTÉ MODERNE

L’art moderne et contemporain coréen se veut également une critique de la société actuelle sur-consommatrice. Dans l’œuvre « Sequin Buddha », le Bouddha, en parure de strass, miroir de notre monde nous renvoie cette question: La Corée n’a-t-elle pas perdu ses croyances au détriment d’un idéal hyper-matérialiste ? Le sens de cette œuvre répond silencieusement par la même critique sociétale . Un triptyque représentant une gélule à 2 échelles différentes conduit à un 3ème volet où l’image de centaines de médicaments crée une illusion d’optique vertigineuse: La nouvelle société ne se résume donc pas qu’à cela? Consommer, consommer, consommer… jusqu’à s’en rendre malade?

L’exposition internationale « Connecting Unfolding », visuellement troublante, déstabilise vos consciences politiques. Le monde en temps réel vous saute au visage; vous voilà confrontés aux guerres, aux famines, aux crises politiques, aux complots, sur un fond sonore doucereux, fait de musiques traditionnelles ou naturelles. Ne devrions-nous pas nous sentir coupables de l’indifférence dans laquelle nous vivons? Quel avenir pour l’Humanité?

1. Une appréhension du monde de demain

Les artistes coréens, préoccupés par le monde de demain, laissent entrevoir un scepticisme éloquent : la perte de l’esprit traditionnel au détriment du modernisme. “Home Within Home Within Home Within Home Within Home” de l’artiste Do Ho Suh, impressionnante structure en tissu de maille transparent de 15 mètres de haut, représente une maison traditionnelle coréenne hanok renvoyant le bâtiment externe aux formes européennes à un mimétisme interne. On ressent un véritable «choc des cultures». Une éventuelle interprétation du message de l’artiste pouvant être: qu’importe l’évolution et la transformation du monde, le cœur coréen continue et continuera à être présent dans notre for intérieur.


2. Changement de cap et de continent : The Aleph Project

L’œuvre « Epiphyte Chamber » de Philip Beesley nous transporte dans un univers pour le moins étrange et surréel : dans une chambre sombre, se dresse une impressionnante structure faite de fioles, de fils tentacules grouillant, s’illuminant au contact humain. Représentation d’un micro-organisme cosmique, une remise en question de soi, au milieu d’un univers abstrait, propice à une introspection intime. Qui sommes-nous donc? D’où venons-nous? De quoi sommes-nous fait? Un questionnement universel…
« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme »…

L’identité coréenne va-t-elle réussir à perdurer dans ce monde en mutation permanente, où le progrès technologique est roi, où les valeurs du passé demeurent éphémères? La réponse des artistes suggère malgré tout une note d’espoir. L’essence de l’oeuvre, alliage harmonieux entre matières brutes et technologie, préserve l’inaltérable nature du genre humain.

Informations:

Entrées pour toutes les expositions temporaires du musée : 7000 wons.
Ouvert du Mardi au Dimanche de 10h à 17h.
Site du MMCA

*Notre petite astuce: Entrée gratuite de 19h à 21h les mercredis et les vendredis!

MYLENE